Tout en écoutant les roucoulements des colombes, les gloussements des gélinottes et les pépiements des moineaux, ils étaient assis, jambes ballantes au bout d'un vieux quai ayant jadis servi à des pêcheurs pour accoster.  

 

 

C'était  une splendide journée printanière impatiemment désirée et attendue  suite à un hiver misérable où les vents nordiques, les neiges abondantes et le temps glacial avaient  été omniprésents pendant de longs mois les cloîtrant jour après jour  à l'intérieur de la cabane  en  rondins.  

 

 

 

Cette saison infiniment longue   avait permis de bricoler quelques pièces décoratives  confectionnées  en taillant des morceaux de bois choisis  ajoutant ainsi au charme de la modeste demeure   les abritant.  

 

 

Déposée sur le quai, entre les genoux  de Gabriel se trouvait une pochette de denim remplie de cailloux de formes diversifiées judicieusement sélectionnés lors d'une randonnée dans les  sentiers boisés environnants.

 

 

Tel un cabot bien dressé , Slump, son gros chat l'accompagnait dans ses excursions quelquefois agrémentées par une chasse le confrontant la plupart du temps à de petites bestioles plus rapides et agiles que lui, le laissant revenir bredouille.

 

 

 

Noir, tacheté de blanc, Slump avait immédiatement fait parti de la famille depuis le jour ou Gabriel l'avait découvert tremblotant sous un amoncellement de branchages morts.  Le tonnerre qui cessait à peine de gronder devait être la cause de ce  qui l'avait tant apeuré.  Ce jour là, le noroît avait été maître car plusieurs arbres s'étaient effondrés au sol avec fougue  et Gabriel avait dû enjamber plusieurs de  ceux-ci pour revenir à la maison tenant dans ses bras, ce gros minet trempé et effarouché.  

 

Tous les soirs, sitôt la chandelle éteinte, il se glissait sournoisement sous le vieil édredon de Gabriel, se collait dans son dos et le ronronnement inlassable de Slump endormait profondément le gamin.

Il avait pris quelques pierres, en avait partagé  quelques unes avec Renaud.  Ils s'amusaient  ainsi à les faire rebondir sur l'eau calme et à écouter le bruit produit par les rebonds.  D'un regard amusé, Gabriel ne doutant pas un seul instant que Renaud retenait  volontairement ses élans, le gamin se déclarait   vainqueur.  Cette victoire  lui donnait  le prévilège de s'étirer, tremper ses doigts dans l'eau encore glacial et d'éclabousser son rival de jeu.  Ce rituel était  réservé au champion du tir  aux cailloux.  

G A B R I E L

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le regard enjoué de Gabriel s'était arrêté  sur le petit sac maintenant vide.  Sur le revers de celui-ci, il avait remarqué pour une première fois,  brodé admirablement, un petit quartier de lune, juxtaposée de la lettre J.  Sans la moindre hésitation, il avait tendu  la pochette à Renaud et c'est à  ce moment précis, qu'il lui avait raconté:

 

 

Il y a maintenant huit ans, à la brunante d'un soir d'automne alors que je me berçais  sous le mélèze que tu vois là-bas, j'ai entendu les cris chuintants d'une chouette, les hurlements répétés  des louveteaux et les cris exagérés de plusieurs animaux. J'ai tourné la tête et du coin de l'oeil, j'ai aperçu, à l'entrée du petit sentier,  un renardeau au pelage fourni et à la queue touffue et rousse comme tes cheveux,  qui m'examinait. Il semblait agité et son glapissement était insistant.  Je me suis donc approché et me forçant désespérément  à le suivre jusqu'à un vieil orme.  Mon cœur battait la chamade car  je me rappelais y être déjà venu dans le passé et d'y avoir laissé de merveilleux souvenirs.  J'ai donc fait le tour de l'arbre et au creux de celui-ci, je t'ai découvert emmailloté  soigneusement dans une couverture épaisse et  joliment imprimée.  Tu étais là, rousseurs aux joues, petit nez retroussé et tes yeux me fixaient tendrement.  À ta cheville, ce petit sac y  était attaché et à l'intérieur parmi des brindilles encore aromatisées de jasmin séchées, un message y était inscrit

Prends bien soin du petit Ange Gabriel et apprends lui à rêver et à aimer tendrement.  Enseigne lui à respecter la forêt et ses habitants  mais surtout, apprends lui l'humilité, l'intégrité et la sagesse de les partager en semant tout autour de lui, des petits grains  de bonté, de tendresse, d'amour et d'amitié.

De là-haut, je veille sur vous deux

Jade

 

 

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